Éteindre la lumière, l’histoire d’un couple

Quand éteindre la lumière devient une petite anecdote qui n’a rien d’anodin alors qu’elle défie un peu la logique.

C’est l’histoire simple d’un couple. L‘un dit à l’autre qu’il devrait éteindre la lumière lorsqu’il n’est pas dans une pièce, l’autre, un peu trop fier, s’insurge :
L’un : ” Dès lors qu’en appuyant sur cet interrupteur l’ampoule s’allume, c’est qu’il y avait un excédent d’électricité dans le système ! “
L’autre : ” Oui mais alors ? “
L’un : ” Mais alors, cela aurait été perdu si je ne l’avais pas consommé ! “

Laissant l’un pantois devant la mauvaise foi de l’autre… Cette petite anecdote n’a rien d’anodin et, à vrai dire, elle défie un peu la logique.

Ce qui est en jeu finalement, c’est un cercle vicieux.

La production doit anticiper la demande, il faut être « long » en tout comme on dit dans le langage financier. Produire plus qu’on ne consomme, stocker plus que l’on en a besoin, : le pire c’est la pénurie. Assez logique finalement, on produit lorsqu’il y a une marge et lorsqu’il y a une marge il faut la saisir. Les entreprises sont souvent de magnifiques machines bâties dans ce but.

Il en va de l’énergie comme de presque toutes les commodités.

Phénomène tellement poussé que le monde de la communication en a vite profité pour faire l’inverse ! Un « short », créer une série de 100 chaussures par exemple qui par le simple fait qu’elles ne soient pas produites en masse ont créé de la désirabilité, de la « hype » fashion compatibles. Le consommateur en est ainsi réduit à payer plus un objet de qualité en tout point égal pour la pure et simple raison de la rareté. Nous pourrions bâtir tout un argumentaire sur la recherche de la rareté dans nos sociétés de production de masse mais ce qui nous intéresse ici est autre. C’est le rôle du consommateur.

Il en est l’objet mais aussi le maître.

Nous avons déjà couvert le premier aspect, objet de professionnels analysant en permanence ses besoins, les anticipant et les mettant surtout à sa disposition au coin de la rue ou directement dans sa boite aux lettres. Tout cela via des chaînes d’approvisionnement d’autant plus coûteuse en CO2 que, pour être compétitives en prix, elles doivent souvent faire un détour par un pays au coût de main d’œuvre basse. Et pourtant tout ce système bien huilé ne repose que sur lui.

Il en est le carburant comme il pourrait en être le grain de sable.

Que se passerait-il si l’un ou l’autre ne laissait pas l’interrupteur allumé ? Combien de temps prendrait la production pour s’adapter ? Nous parlons d’ensembles complexes mais une chose est sûre : le capitalisme est rodé.

Il pousse déjà la réduction des coûts au maximum et il y a fort à parier que l’offre ne deviendrait rapidement plus compétitive. Les prochains contrats annuels de livraison seraient ajustés en fonction de la nouvelle demande, la chaîne de production s’adaptera toujours vite aux souhaits des consommateurs, ils sont sa raison d’être après tout.

C’est une des clés des efforts qu’il appartient à chacun de faire.

Nous n’en verrons probablement pas les effets directement mais n’est-ce pas juste dès lors que notre génération ne sera pas non plus celle qui souffrira le plus des causes qu’elle continue à engendrer ?

Être un consomm’acteur c’est faire confiance à l’avenir et aux capacités d’autorégulation d’un système qui doit évoluer. Plus qu’un pari sur l’avenir c’est aussi une manière rapide de faire quelques économies.

Être un consomm’acteur, cela commence parfois par éteindre un interrupteur…

Crédit image : Colin Behrens de Pixabay

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