Enseignement universitaire : le marathon du Français établis hors de France

Enseignement universitaire : le marathon du Français établis hors de France

Votre enfant quitte l’enseignement secondaire dans son pays de résidence pour rejoindre l’enseignement universitaire en France ? Ce retour d’expérience devrait alors vous intéresser.

Nous sommes une famille française qui a émigré depuis 15 ans, ; à cet époque notre fille avait 2 ans. Maintenant elle a passé son BAC avec grand succès à Hambourg et va commencer des études universitaires en France. Une autre page de l’expatriation s’ouvre.

Installer un étudiant en France lorsqu’on est Français à l’étranger

Pourtant tant décriée et critiquée en Métropole, première constatation : la plateforme Parcoursup fonctionne très bien. Ainsi, la totalité des jeunes du lycée Français de Hambourg ont reçu une proposition de formation, en France, en Allemagne ou ailleurs.
Certes l’utilisation n’est pas très intuitive et la recherche des formations relève parfois de la quête du Saint-Graal, mais le processus parait rodé.

Trouver un logement

Trouver un logement à distance n’est jamais simple. Encore plus s’il s’agit d’un étudiant qui, de plus, est mineur. Dans ce cas préparez-vous à quelques suées.
Même si, là aussi, de gros progrès ont été faits avec le dossier social étudiant, le processus n’est pas très satisfaisant.


Si votre enfant peut espérer avoir droit à un logement étudiant au Crous, la première étape sera de choisir une résidence. Résidence qu’il faudra choisir avant l’attribution des choix. Sachant que le nombre de résidences pouvant être choisies est limité, la probabilité d’avoir choisi des résidences là ou l’étudiant n’ira pas n’est pas négligeable. Il vous faudra alors passer par la 2ème session où les chambres restantes sont distribuées.

Pour la grande majorité des familles, cependant, une chambre en Crous ne sera pas attribuée. Il ne vous restera alors que l’embarras du choix dans la pléiade d’offres de logement étudiant : logement privé, colocation, chambre chez l’habitant, résidence privée, etc…

Quelle que soit l’option choisie, il vous faudra une caution. Ce qu’il faut savoir néanmoins : un certain nombre d’organismes de location, ainsi que des particuliers, ne prennent pas les cautions étrangères. De plus, si votre dossier est financièrement fragile, cela complique la tâche. Comment faire alors ? La plateforme www.visale.fr est LA solution.


Attention, Visale n’est pas possible pour les mineurs non émancipés. Comme nous nous sommes retrouvés dans ce cas, il nous a fallu donc faire appel à la famille en France. Notez que la demande de caution est spécifiquement française. Elle n’existe pas en Belgique, en Allemagne, en Autriche ou ailleurs.

L’assurance maladie de votre enfant étudiant. Le marathon administratif commence …

Si votre enfant est né en France, mais parti à l’étranger avant l’âge de ses seize ans, il ne possède encore aucun numéro de sécurité social (numéro INSEE). De même, si votre enfant est né à l’étranger mais de nationalité française. Il faut donc lui créer un numéro de sécurité sociale.


Après plusieurs jours de recherche sur le site ameli.fr, la seule chose que j’ai trouvé est un numéro de tél accessible depuis l’étranger, +33 184 90 36 46 pour ensuite tomber sur une boite à reconnaissance vocale. Et comme vous n’avez ni numéro de sécu ni de département d’attache vous tournez vite en rond. Alors, on essaie plusieurs fois, on voit comment cela fonctionne.

Pour le département d’attache, le mieux est de prendre celui où le jeune sera étudiant. Et au bout de plusieurs essais, Oh miracle! vous tombez sur une personne très compétente. Prendre rendez-vous pour créer le fameux numéro est une affaire de 3 minutes. Notez bien la liste des documents exigés (prévoyez qu’on vous en demande plus une fois sur place) : papier d’identité, RIB français (détail à venir).
Si votre enfant est encore mineur, vous l’accompagnez avec votre pièce d’identité.

La Caisse d’Allocation Familiale. Le marathon administratif continue …

Tout se fait en ligne sur le site www.caf.fr, le site est très bien fait, pas besoin de vous déplacer. Notez bien que le dossier Caf ne peut se faire qu’après signature d’un contrat de location.
Si votre enfant est sans ressources propre, l’allocation (année 2020) est de 171€ par mois. Comble du bonheur, la CAF n’est pas hostile au numéro de compte étranger.

La particularité franco-française : le fameux RIB…

Si vous installez votre enfant pour plusieurs années, le mieux est de lui ouvrir un compte en France. Faites jouer la concurrence, votre enfant aura besoin d’une carte Visa ou équivalent pour beaucoup de paiement (restaurant universitaire, services universitaires, billet SNCF, etc.). Et surprise, il aura un RIB à fournir aux différents organismes (publics ou privés). La démarche est donc incontournable.

Le téléphone ou l’incohérence européenne en la matière

Que vous le vouliez ou non : votre enfant va devoir changer de numéro !
Et oui ! Car si l’Union européenne a supprimé les frais d’itinérance (plus connus sous les frais de roaming), il n’est pas encore possible de vivre en France avec un numéro allemand. L’inverse est tout aussi valable. Gare à vous si vous le faites et que votre opérateur s’en aperçoit : la facture risque d’être très douloureuse. À bon entendeur salut !

Votre enfant a choisi une formation de l’Université Franco-Allemande ?

Quelle joie ! Tous vos efforts d’avoir éduqué votre enfant dans le pluralisme qu’offre l’Europe sont récompensés. Sauf que l’Union Européenne est loin d’avoir levé tous les freins à la mobilité.
Ces formations obligent le jeune à déménager tous les ans entre la France et l’Allemagne, voire un pays tiers. Or comme on vient de le voir, cela suppose changer de téléphone et de banque tous les ans, à moins de tout faire au moins en double.


Une règle au sein de l’Union Européenne, votre caisse d’assurance maladie (la sécurité sociale en France) a obligation de rembourser vos soins pratiqués dans un autre pays de l’Union européenne, au tarif en vigueur dans le pays où vous êtes assurés. Mais dans une certaine limite : certains soins ne sont pas pris en compte.
Vous devrez avoir recours dans ces cas-là à une assurance privée complémentaire. Faites jouer la concurrence, certaine mutuelle étudiante française acceptant d’assurer des jeunes même sans numéro de sécurité sociale.

Il existe aussi toute une panoplie d’assurance privée en Allemagne pour les étudiants partant à l’étranger (“Auslandsreiseversicherung”). Notez bien que ces assurances ne couvrent PAS les soins liés à des maladies déjà diagnostiquées. Renseignez-vous bien avant de choisir.

Fin et épilogue du marathon ?

En accord avec notre fille, qui ne souhaite pas forcement poursuivre ses études en France par la suite, nous avons opté pour qu’elle conserve son numéro de téléphone allemand. Nous la faisons rentrer pour chaque vacance. En espérant déjouer l’opérateur pour les dix prochains mois.
Position similaire pour la banque : elle est restée dans la banque où nous avions ouvert son compte jeune. C’est un peu compliqué en attendant qu’elle soit majeure, il ne lui reste que quelques mois avant majorité.

Sur le dossier assurance maladie, nous avons fait le choix de lui créer un numéro et de lui prendre une mutuelle étudiante française (qui offre l’avantage de couvrir le jeune s’il fait des stages ou formation à l’étranger). Pour cela, et c’est le seul gros HIC dans l’histoire, il a fallu fournir notre RIB français aux organismes de Sécurité Sociale et faire une procuration pour que notre fille puisse utiliser ce compte. Le compte bancaire n’étant pas à son nom, il nous faudra renouveler ladite procuration tous les six mois pour qu’elle reste valable.

Le marathon aura duré quelques mois. À nous parents, il aura fallu un intensif travail d’investigation pour découvrir toutes les offres et faire des choix un peu « borderline » face aux aberrations administratives à lesquelles nous avons été confrontées.
Le sprint final entre le choix final de l’étudiant et son installation définitive (3 mois) est intense et rempli de doutes ! Mais une fois cette période passée, nous avons le sentiment de mieux connaitre le fonctionnement du système et nous rendons surtout compte du chemin parcouru par l’Europe dans les trente dernières années … et le chemin qu’il lui reste à parcourir !

Crédit photo : Image par wewake de Pixabay

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